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Mardi 25 février 2014

De la théorie à la pratique : le financement participatif de projets viti-vinicoles




De la théorie à la pratique : le financement participatif de projets viti-vinicoles

Les algorithmes des moteurs de recherche ne mentent pas quand il s'agit de sentir une révolution. Saisissez le nom de la ministre déléguée à l'économie numérique, Fleur Pellerin, et la première suggestion qui apparaît n'est autre que « crowdfunding ». Son ordonnance sur le financement participatif ne date pourtant que du 14 février, mais elle file depuis le parfait amour avec les promoteurs et entrepreneurs français. « Elle a ouvert en grand le champ des possibles » expliquait Michel Remondat (directeur général Vitisphere) lors d'une conférence au salon Vinisud. Le monopole bancaire sur les prêts rémunérés n'est plus, et les apports sont « limités à mille euros par investisseur, avec une limite totale d'un million d'euros par projet. Dans le cadre de cette désintermédiation, trois formes de financement sont autorisées, les dons sans contrepartie financière, participation aux fonds propres ou prêt ». Pour le monde viticole, tout l'enjeu de cette ordonnance sera sa mise en application, encore incertaine quant au volet foncier. Quoiqu'il en soit, des projets viti-vinicoles ont déjà utilisé internet comme canal de mise en relation, non seulement quand le porteur manquait de fonds propres (nécessaire pour assurer un prêt bancaire classique), mais aussi pour répondre à une aspiration communautaire alternative.

Ne cachant pas sa « rancoeur pour le système bancaire actuel, qui n'aide pas quand il y en a besoin », Fabrice Bonmarchand (Mas de l'Oncle, en Pic Saint Loup) a ainsi choisi d'agrandir son domaine sans faire appel à un banquier. Ne s'étant pas décidé à passer le cap du Groupement Foncier Viticole (« comment faire rentrer des fonds sans perdre la main sur son exploitation ? »), il a décidé de tester le crowdfunding. Insérant cette démarche dans un projet de vente à la propriété et de réseau d'ambassadeurs, Fabrice Bonmarchand a cependant été déçu par son expérience sur une plate-forme spécialisée. Cherchant à collecter 60 à 80 000 euros pour acheter et structurer 3 hectares, il sait déjà qu'il « n'arrivera pas au bout », le site choisi ne lui semblant « pas adapté » pour tels montants. Il va cependant essayer de passer par un courtier de crédits en ligne pour boucler son projet. Ayant également utilisé avec plus de succès le site MyMajorCompany, Marie Daigneaux a pu financer son projet d'application ?notouristique (Geovina, lancée ce 25 février au salon Vinisud), récoltant plus de 3 500 euros. Si 70 % des donateurs figurent parmi son cercle de proches et de contacts professionnels, elle juge que la réussite d'une opération de crowdfunding passe par « la mobilisation dans un pas de temps rapide, sinon le projet s'essouffle ».

Au-delà du financier, l'aspect humain est essentiel dans ce type de portage. C'est toute l'expérience de Ludovic Aventin, qui est progressivement devenu un porteur de projets fonciers, ou plutôt « de placement plaisir et en aucun cas d'investissements. Il s'agit de donner un sens à son argent, de se substituer aux banques. Je fonctionne avec des associés, pas des actionnaires anonymes ! » Ayant débuté cette aventure par, et pour, le mas Angel (Faugères), il a depuis créé le vignoble Montgros, dont les actionnaires sont exclusivement des rugbymen (130 aujourd'hui, des professionnels en activité comme d'anciens amateurs). Fabrice Bonmarchand estime également que sur le créneau du financement viticole participatif, « il y a plus de demande que d'offre. Les clients sont motivés pour s'impliquer dans les opérations de taille, de vendanges... et s'approprier encore plus le produit. »

 

 

[Photo : conférence « comment financer son projet viti-vinicole » ce 24 février, avec de gauche à droite Fabrice Bonmarchand , Ludovic Aventin, Marie Daigneaux et Michel Remondat]