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Mercredi 30 novembre 2022

Trois exemples de financement non-bancaire de l’activité vigneronne


Dans le cadre du salon Vinitech, la Safer Nouvelle Aquitaine a présenté un trio d'opérateurs qui facilitent l’investissement en viticulture en alternative aux banques traditionnelles.

Trois exemples de financement non-bancaire de l’activité vigneronne

Entre petits fours, dégustation de vins et brouhaha du salon, il était difficile de capter l’attention sur le stand Safer, en cette fin de matinée du 29 novembre. Pas de quoi perturber Michel Lachat, directeur départemental Safer Gironde, bien décidé à mettre en contact viticulteurs et sociétés tournées vers le crowdfunding, les financements participatifs. Trois d’entre elles, ont expliqué leur fonctionnement et leurs objectifs. A commencer par Wine Funding, que dirige Maxime Debure. Cet ingénieur agronome et œnologue, qui a passé plusieurs années à l’étranger, pour œuvrer ensuite dans le négoce et à la tête de propriétés viticoles, décide de sauter le pas en 2015 : « J’observais que nombre de besoins de financement n’étaient pas assurés par les banques ». Alors c’est décidé, il lance sa société de financement participatif. L’Objectif ? Convaincre des amateurs de vins d’investir dans une propriété pour accompagner un vigneron. En ligne, le financement participatif tourne entre 20 000 et 1 M€.  Hors ligne, la mise peut aller de 500 000 € jusqu’à 5 M€. Dès lors qu’un investisseur devient actionnaire, un pacte d’associé est établi, qui régit les règles entre les actionnaires et le viticulteur. Au bout de six ans, l’actionnaire se doit de vendre ses actions au vigneron.

« Depuis 2016, nous avons étudié 900 demandes de financements issus de France et d’autres pays. Nous avons accompagné 45 domaines pour lesquels ont été levés quelques 7 M€ » explique Maxime Debure. Ce dernier garde en mémoire un des premières exploitations qu’il a accompagnées. Une propriété en Bourgogne. 100 000 € ont été levés auprès de 30 investisseurs. Wine Funding a aussi donné un coup de main pour l’aider à se développer notamment aux États-Unis. Ce n’est pas tout. En 2020, 500 000 € ont été réunis pour l’achat d’une vielle maison dotée d’un chai. Au global ce sont 55 associés de 12 nationalités différentes qui ont injecté 600 000 €. Enfin 4 ouvrées ont été acquises en AOC Nuits-Saint-Georges. Là, un seul investisseur a injecté 100 000 €. Les projets ne manquent pas pour Maxime Debure : dans la Loire, en Bourgogne, dans le bordelais et le Languedoc. « Les actionnaires veulent donner du sens à leur investissement. Avec la conjoncture actuelle, ils veulent aller vers quelque chose de tangible » répète-t-il.

Placements palpables

 

Cédric Riel, chargé d’affaires viticoles au sein de GFA Saint Vincent, crée en 1994, ne dit pas autre chose : « Depuis la crise en Ukraine, il y a un réel retour aux placements palpables. Un foncier bien choisi, c’est comme un bon emplacement pour un appartement » indique-t-il. Le principe du GFA Saint Vincent ? Il s’agit d’acquérir une vigne collectivement en créant une société civile, la confier à un vigneron qui en assume l’exploitation et percevoir un fermage (ou loyer) annuel en bouteilles et/ou en argent. Le ticket moyen tourne entre 50 et 60 000 €. Cédric Riel met l’accent sur l’outil successoral que représente le groupement foncier viticole. En termes de transmission c’est 75 % d’abattement jusqu’à 300 000 € par donateur et par donataire, par défunt et par héritier ou légataire.  Sur le territoire, 60 GFV ont été constitués dans les régions de Champagne, Bordeaux, Bourgogne et vallée du Rhône. Avec le prix du foncier qui grimpe, Saint Vincent devrait jeter son dévolu sur le foncier d’Alsace.

Fundovino, crée en 2014, est également positionné sur le créneau de l’acquisition du foncier, avec un but précis : « Permettre au viticulteur de racheter la terre dans un délai de quinze ans » souligne Jean-Christophe Guerard, son président. Prenons le cas d’un viticulteur qui souhaite acquérir des parcelles mais ne peut faire financer son projet en totalité par sa banque. Sur son site, Fundovino le propose à des investisseurs qui achètent les parcelles au travers d’actions d’une SAS montée pour l’occasion. Un bail rural est établi entre la SAS et la société du vigneron. Chaque année l’investisseur reçoit un fermage payé en bouteilles. Entre la cinquième et la quinzième année, une option d’achat est proposée au vigneron, selon un prix défini à l’avance, qui s’appuie sur la Safer.

Investissement gourmand

Comment choisir les viticulteurs ? C’est un comité de dégustation composé de professionnels du vin (négociants, sommeliers, viticulteurs) et des professionnels de la restauration (chefs étoilés) qui s’accordent sur la qualité du vin élaboré par le viticulteur candidat. « On est dans un investissement gourmand » souligne, tout sourire, Jean-Christophe Guerard. Depuis le démarrage, 40 dossiers ont été montés. Dernier en date : le financement en Champagne de 1,5 ha (un financement pour moitié assurée par une banque. L’autre moitié par Fundovino avec 950 000 € et une centaine d’investisseurs).

Autre exemple ; en vallée du Rhône, un viticulteur en AOC Vacqueyras, en Bio et biodynamie, s’est agrandi très vite. En quinze ans, il est passé de 15 à 60 ha. « Il avait des crédits à rembourser. Nous en avons racheté la moitié. 420 000 € ont été apportés au travers d’une centaine d’investisseurs. En contrepartie, chaque année, l’investisseur reçoit des coffrets de bouteilles » explique-t-il. Et de conclure : « aujourd’hui on ne peut plus demander à un viticulteur de tout financer, qu’il s’agisse de l’achat du foncier, de la transmission, ou du rachat de ses crédits. Il sait qu’il peut s’appuyer sur des structures autres que les banques. »