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Vendredi 02 septembre 2022

Les néovignerons, des nouveaux venus bien intégrés


La pyramide des âges et les difficultés financières de la filière laissent plus de place aux néovignerons. Trois d’entre eux témoignent de leur intégration dans le tissu professionnel local.

Gaël Valet et sa femme Sophie Der Mikaelian se sont installés au domaine de Grimardy, à Montazeau, en Dordogne, au printemps 2021. « Notre intégration se déroule très bien, tant avec les voisins qu’avec nos collègues qui répondent présent si nous avons besoin de conseils ou de coups de main, relate Gaël, 45 ans. Nous avons repris ce domaine bio de 10,5 ha à des retraités. Nous sommes dans un secteur qui a gardé une mentalité paysanne d’entraide, sans esprit de concurrence. Personne ne convoitait ces vignes. »

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Gaël Valet et sa femme Sophie Der Mikaelian (crédit photo DR)

Avant d’être viticulteur, Gaël a été ingénieur en informatique, directeur d’une école puis il a créé une société d’informatique. Sophie, elle, était chargée de mission Environnement au parc régional du Marais poitevin. « Nous connaissions le travail agricole, ayant tous les deux des grands-parents agriculteurs, précise Gaël Valet. Pour l’instant, tout se passe bien. La charge administrative est importante, mais j’en avais l’habitude dans mes précédentes fonctions. »

Ils s'investissent dans la filière

Ce couple de vignerons s’investit déjà dans la filière, en adhérant à la route des vins de Bergerac lancée par l’interprofession. Signe d’une intégration réussie, Sophie a témoigné sur son parcours à l’Assemblée nationale, en février 2022, avec le Club des ambassadeurs du Périgord.

C’est également à 45 ans, mais en 2018, que Vincent Tramier, notaire à Marseille, a vendu son étude pour reprendre le domaine de Coste Chaude, 23 ha à Visan, dans le Vaucluse. « Avec son printemps très pluvieux, 2018 n’était pas la meilleure année pour débuter, se rappelle-t-il. De plus, mon maître de chai a démissionné pendant les vendanges. Un vrai baptême du feu ! » Bien accueilli par ses pairs, il s’est impliqué dans la vie locale en présidant la maison du tourisme de Visan en 2019 et 2020. Il a également adhéré à une Cuma pour la récolte mécanique. L’apport des néovignerons ? « On est affranchi du poids des usages comme avoir des vignes tenues au cordeau, résume-t-il. Dans le village, les deux vignerons qui se sont lancés dans le pastoralisme sont des néovignerons. De mon côté, je me suis dès le départ formé à la taille douce. »

 

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Vincent Tramier (crédit photo DR)

Vincent Tramier commercialise 50 000 bouteilles par an, dont une partie en vin casher. Il apprécie la grande diversité des tâches d’un vigneron. L’exploitation qu’il a reprise vendait déjà en bouteilles, mais à des prix qu’il juge insuffisants. Alors qu’il bâtit un nouveau réseau commercial, il trouve que les relations commerciales sont plus apaisées que dans le notariat : « Un notaire est un passage obligé et un collecteur d’impôts, ce qui crispe parfois nos interlocuteurs. La viticulture est moins rémunératrice mais on travaille sur un produit plaisir et tactile. »

Des vignerons me donnent des astuces précieuses

Après une carrière internationale dans l’agro-alimentaire, Arnaud Resampa a, en 2016, jeté son dévolu sur le Château Jeantieu, à Saint-André-du-Bois, dans le sud de la Gironde. « J’ai été bien accueilli, témoigne-t-il. Un ami d’ami m’a fait rencontrer trois à quatre vignerons qui viennent me conseiller de façon informelle. Ils me donnent des astuces précieuses comme bien nettoyer les cuves en béton. Je livre 50 % de ma production à la cave de Saint-Pierre-d’Aurillac, une coopérative vraiment humaine où l’on partage nos connaissances techniques. » A-t-il l’ambition d’intégrer le conseil d’administration de sa coop ? « Non, je ne me sens pas légitime. Mais j’apprécie d’échanger avec le groupe. »

Arnaud Resampa adhère également à la Cuma de Barie pour ses interceps. Là aussi, il s’est senti bien accueilli, alors qu’il n’y connaissait personne. « Lors de mes années passées à l’étranger, j’ai constaté qu’il existait trois groupes d’êtres humains, quels que soit le pays et la profession, résume ce vigneron. Il y a toujours un groupe sympa et bienveillant, pas très nombreux. Le groupe le plus important est neutre et vous observe. Et le dernier comprend des jaloux qui voient arriver un concurrent ou qui auraient aimé acheter quelques parcelles de votre domaine. »

Un changement de vie

Quoi qu’il en soit, il ne regrette pas son changement de vie à 45 ans, une décision prise avec sa femme Emmanuelle, enseignante. « Je savais que ce métier était dur, avec beaucoup d’aléas, confie-t-il. Mais c’est une chose de le savoir et une autre de le vivre ! Depuis 2016, entre les épisodes climatiques, le Covid et maintenant la hausse des intrants que l’on ne peut pas répercuter, c’est très compliqué. Depuis le départ, j’ai vingt-cinq associés, recrutés parmi nos amis et nos familles. Ce sont les ambassadeurs de nos vins. Ils nous donnent confiance dans l’avenir. Quant à mes collègues, ils voient que je travaille et que je n’ai pas baissé les bras en six ans. Mon intégration peut se poursuivre. »