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Jeudi 25 mars 2021

La vente d’un premier grand cru classé fait jaser [actualisé]


La SAFER devait se prononcer ce jour sur la cession du château Beauséjour héritiers Duffau-Lagarrosse, mais la décision est reportée sous quinzaine. Rbondissement à la Dallas, le cocktail est explosif avec l’avantage donné à la famille de Boüard, malgré le choix initial des propriétaires pour la famille Cuvelier et désormais la proposition de reprise d’une branche minoritaire des propriétaires.

La vente d’un premier grand cru classé fait jaser [actualisé]

Saint-Émilion, ses grands crus classés et ses grands noms du vignoble : déjà mise à mal par les procédures judiciaires à tiroir en cours, la chronique de la rive droite est actuellement défrayée par la vente du château Beauséjour héritiers Duffau-Lagarrosse. Les 6,75 hectares de ce premier grand cru classé doivent être attribués ce 25 mars par un comité régional d’approbation des Sociétés d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural (SAFER) qui est la cible de toutes les attentions des trois candidats à la reprise.

Ayant été choisie par le comité technique local de la SAFER ce 18 mars, la proposition de rachat du château Beauséjour par la famille de Boüard (propriétaire du château Angélus, 27 ha de premier grand cru classé) fait tiquer les deux autres candidats : la famille Cuvelier (propriétaire du clos Fourtet, 20 ha de premier grand cru classé) et Joséphine Duffau-Lagarrosse (la fille de l’actuel co-gérant*, Vincent Duffau Lagarosse), soutenue financièrement par la famille Courtin (cosmétiques Clarins, dont ce serait le premier projet viticole).

Désabusés

« On est plus que déçus, désabusés » indique Matthieu Cuvelier, co-propriétaire du clos Fourtet, qui souligne que sa proposition de reprise avait gagné l’appel d’offre de la famille Duffau-Lagarrosse lancée l’été dernier. Au terme de quatre mois de négociations exclusives, le propriétaire estime que son projet d'installation d'un Jeune Agriculteur avait remporté les suffrages des 32 actionnaires familiaux « à la loyale ». Le château Beauséjour ayant transféré le dossier à la SAFER pour qu’elle exerce son rôle de substitution a relancé un appel d’offre, qui n’a, à date, pas été favorable à la proposition de la famille Cuvelier.

« En principe, quand un acquéreur et un vendeur se sont mis d’accord, il me semble que la Safer doive privilégier l’accord passé » indique Matthieu Cuvelier, dont le projet de reprise défend le maintien à part entière d’un grand cru classé historique (le château Beauséjour étant classé depuis 1955, la première édition du classement décennal de Saint- Émilion).

Suites juridiques

Souhaitant être la huitième génération familiale à piloter le domaine (la propriété appartenant à la famille depuis 1847), Joséphine Duffau-Lagarrosse a profité de l’appel d’offre de la SAFER pour candidater à une installation en tant que Jeune Agricultrice (JA). A 30 ans, l’ingénieure agronome et œnologue de Bordeaux a réussi à trouver un investisseur lui permettant de monter un dossier d’installation qui lui semble prioritaire face à deux candidats possédant déjà des propriétés sur la commune. Espérant un revirement de la SAFER ce 25 mars, Joséphine Duffau-Lagarrosse regrette de ne pas avoir d’éléments de la SAFER pour justifier la décision du 18 mars. « Avec la famille Courtin nous ne nous interdisons aucune suite selon l’issue » indique l’ingénieure agronome. Attendant avec impatience cette décision, Mathieu Cuvelier ne s’interdit pas non plus une action selon l’orientation de la cession et ses motivations.

Contactés, le château Beauséjour, la SAFER et la famille de Boüard ne souhaitent pas commenter un dossier en cours. Le château Angélus précise ne pas être concerné par ce dossier.

 

* : Joséphine Duffau-Lagarrosse ne travaille pas pour le domaine familial, mais est la directrice technique du château les Grands Chênes (Haut-Médoc, groupe Bernard Magrez).