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Jeudi 28 mai 2020

Pollinisez et améliorez vous-même vos vignes


Si vous voulez tenter de créer de nouvelles variétés, la période est idéale. Dans un premier temps, il vous suffit d’une pince à épiler, d’un tamis et d’un sachet kraft.

Pollinisez et améliorez vous-même vos vignes

Les spécialistes de l’Institut Français de la Vigne et du Vin sont à pied d’œuvre dans les vignes en fleurs. Ils les fécondent manuellement pour en créer de nouvelles aux caractéristiques plus intéressantes. En relayant leur quotidien et des photos sur les réseaux sociaux, ils suscitent la curiosité des vignerons.

A Oeuilly, dans la Marne, cela a donné envie à Mélanie Tarlant. « C’est un sujet qui me trottait dans la tête mais je ne me serais sûrement pas lancée cette année si je n’avais pas lu les échanges des techniciens de l’IFV [Loïc Le Cunff et Cédric Moisy] » raconte-t-elle.

La champenoise envisage de croiser un chardonnay non greffé avec un des cépages oubliés de sa région. « Je pense notamment à l’arbanne ou au petit meslier, qui ont été supplantés par la productivité du chardonnay. Je suis sûre que la démarche plairait au consommateur. Et qui sait, nous pourrions obtenir des plants plus adaptés au réchauffement climatique. »

A l’aide d’un petit pinceau, on va parsemer le pollen sur le pistil 

Pour l’aider à se lancer, Loïc Le Cunff lui a envoyé un tutoriel. « Chez le papa, on va traire une grappe pour récupérer les étamines et leurs sacs polliniques, explique-t-il dans la vidéo, avant de les tamiser pour récupérer le pollen. On va ensuite retirer les étamines de la maman pour ne garder que le pistil. Il faut la recouvrir d’un sac pour la protéger d’une fécondation venue de l’extérieur. Puis, à l’aide d’un petit pinceau, on va venir jouer à l’abeille en parsemant notre pollen sur le pistil. Enfin, à l’automne, on récupèrera les pépins issus de cette fécondation, pour les planter en janvier. »

Obtenir les premiers pépins semble à la portée de tous. « J’ai juste demandé à Loïc de me préciser quel type de sac je devais utiliser pour protéger le pistil », témoigne Mélanie Tarlant. Toujours sur Twitter, le technicien lui a préconisé du papier kraft.

Pour la suite, les choses se compliquent. Lorsque les pépins ont germé, il faut d’abord demander à un laboratoire de lire l’ADN de la nouvelle plante pour vérifier qu’elle a les caractéristiques que l’on attendait.  

« Le vigneron peut aussi se passer du laboratoire et évaluer ses plants sur une base purement agronomique. Quelque soit le chemin qu'il emprunte, entre la multiplication des bois, le greffage et la plantation, 6 à 7 ans vont s'écouler avant qu'il ne puisse envisager de vinifier. Il faut même compter 10 ans pour s'assurer d'avoir de bons descendants millésime après millésime » détaille Loïc Le Cunff, recontacté par téléphone.

Et le vigneron devra encore se lancer dans une longue série de démarches administratives avant de pouvoir vendre son vin.

S'armer de patience

« Pour faire inscrire sa variété au catalogue, il doit la soumettre à une étude DHS (Distinction Homogénéité et Stabilité), et à une étude VATE, qui validera ou non ses valeurs agronomiques (A), technologique (T), et environnementale (E). Ces deux étapes demandent 6 ans et peuvent être menées en parallèle. Viennent enfin la validation du nom du cépage et les tests sur porte-greffe » expose Loïc Le Cunff. Au minimum 16 années seront passées depuis le premier coup de pince à épiler.

Deux leviers permettent d’aller un peu plus vite. « Dans un cadre expérimental, on peut réaliser de nouvelles plantations à hauteur de 20 ha par bassin en cas de DHS, ou de 3 ha au niveau national sans DHS, continue le technicien. Mais cette option n'ouvre pas le droit à l'utilisation de l'AOC. La dernière possibilité, qui reste aujourd'hui très limitée, est de profiter du dispositif sur les variétés accessoires validé par l’INAO en 2018. »

Mélanie Tarlant n’avait plus tout à fait en tête ce parcours du combattant, mais elle se dit prête à essayer. L’IFV ou l’INRAE pourront l’aider.

 
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