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Mercredi 05 septembre 2018

« La SCIC, l’outil de pérennisation du foncier des caves coopératives »


Magali Bayle est consultante à travers sa société Capital Citoyen. Elle travaille depuis 2015 avec des caves coopératives en les aidant à monter des SCIC* dans l’idée de sécuriser leur patrimoine viticole. Cinq d’entre elles se sont lancées dans l’aventure avec succès. Interview.

« La SCIC, l’outil de pérennisation du foncier des caves coopératives »

Comment avez-vous démarré dans cette activité ?

MB : Je travaille depuis mes débuts auprès ou au sein de caves coopératives, un modèle qui m'a toujours interpellé et motivé. En 2013 je me suis installée à mon compte comme consultante en communication ; rapidement les deux structures coopératives avec lesquelles j’avais des contacts, les Vignerons de Caractère (Vacqueyras) et Le Mas Olivier (Faugères) m'ont confronté à la même problématique : celle de savoir comment anticiper la perte d'adhérents et de vignes ; il fallait en même temps trouver une solution qui soit proche de l'esprit coopératif, avec un projet qui fédère le maximum de personnes.

Des connaissances m’avaient parlé des SCIC, que je ne connaissais pas du tout et qui étaient tout juste nées, en 2011. Avec l'aide d'avocats, j'ai tiré le fil de ce modèle économique. En 2015 est tombée l'autorisation de monter ce type de structure coopérative sur un support Société par Action Simplifiée (SAS), dont la gouvernance est très intéressante dans la mesure où elle permet de multiplier le nombre de sociétaires, de différents types, avec un ticket d'entrée très faible par rapport aux GFV (**) et où il n’y a pas d’intérêt commercial. C'est ainsi que j'ai démarré mon premier dossier, avec le Mas Olivier.

 

Quels ont alors été vos résultats ?

MB : L'idée était de faire appel à la clientèle du caveau pour financer l'acquisition de nouveaux vignobles ; en échange, ils récupéraient du vin et participaient aux événements de la cave. Le projet a rencontré un succès immédiat ; en un an, la levée de fonds a atteint 150000 €, pour 80 sociétaires, qui ont permis de reprendre 30 ha en fermage ou en propriété.

Ensuite en janvier 2016, cela a été le tour de Rhonéa (résultat de la fusion des Vignerons de caractère et de Beaumes de Venise), dont les ambitions étaient beaucoup plus importantes et dont le succès a été encore plus rapide, avec 1 million € levés par an. Puis cela a été au tour d'Agamy (Beaujolais), en 2017 et des Vignerons ardéchois, en mars 2018. Celui-ci a été très rapide ! Dès la création du projet en juillet, ils ont su qu’ils allaient pouvoir racheter un domaine de 25 ha et sont déjà à près de 100000€ de capital.... L'ensemble de leur environnement économique – banque, communauté de communes, artisans, etc – s'est mobilisé autour d'eux : j'ai été surprise de voir cela ! Mon cinquième dossier, en cours, est celui des Vignerons savoyards.

 

Quels sont les facteurs du succès ?

MB : C'est le côté humain : on créé une vraie communauté ; les investisseurs ne se considèrent pas uniquement comme de simples sociétaires. C'est un investissement participatif dans le sens où ils participent à la vie de vignerons et de la cave, dans un environnement convivial. Les personnes offrent à leurs proches des parts de vignoble comme cadeau afin de faire plaisir.

Autres avantages : les SCIC permettent de changer l'image des coopératives, chaque sociétaire devient ambassadeur de la cave et cela crée une communication dynamique pour l’entreprise. C’est aussi le seul dispositif qui permet l'installation de plusieurs vignerons à la fois ; c'est donc plus une démarche collective. Plus généralement, je pense que cet outil contribue à la pérennisation des systèmes coopératifs, le vignoble étant une réelle problématique pour eux.

 

Quelles sont les motivations de ces investisseurs  ?

C'est en premier lieu pour assouvir leur rêve de devenir propriétaires de vignes et d'en boire leur vin. Leur seconde motivation est la préservation du patrimoine viticole et le souhait de le maintenir entre les mains de « petits » propriétaires français. Les rachats par des chinois de domaines viticoles fait peur.

Le fait d'être rémunéré en bouteilles de vin ne vient qu'ensuite, suivi de la défiscalisation : celle-ci n'est donc pas du tout la première motivation. Elle devrait d'ailleurs devenir encore plus intéressante dans les mois à venir car un décret va faire passer de 18 à 25% le taux.

 

Quid de l’avenir et de vos futurs projets ?

Je suis désormais bien rodée et je parviens à monter un projet en 4-5 mois : j'ai réussi à modéliser le concept. Mais chaque projet garde sa particularité, son âme...

D'autres dossiers pour l'an prochain devraient voir le jour, notamment en Alsace ou dans la Loire. D'une façon générale, toutes les structures coopératives commencent à réfléchir à cette problématique.

Je suis aussi en contact avec les Conseillers en gestion de patrimoine, qui sont intéressés par le dispositif pour leurs clients investisseurs qui souhaitent diversifier leur portefeuille. Amenant de plus gros financements, cela permettra de répondre à des demandes plus importantes avec de plus gros capitaux, bien supérieurs à 1 million d'euros.

(*SCIC: société coopérative d'intérêt collectif)

(**GFV : groupement foncier viticole)

 
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